Le rôle de la distorsion caudale

Le rôle de la distorsion caudale

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Traduction libre du sous-titrage en anglais dans la vidéo

Titre : L’effet sur ​​le coussinet plantaire et les cartilages ungulaires lorsqu’un cheval n’est pas travaillé (comprendre un pied non stimulé).

[Sur le premier pied-mort (le pied blanc), nous voyons que le coussinet plantaire est constitué de tissus faibles, souples, graisseux. On observe qu’il est aussi déficient d’une bonne vascularisation sanguine. Les cartilages ungulaires sont fins et sous développés. Ce sont le manque d’exercice et de stimulation correcte qui entrainent ces détériorations.] L’auteur de la vidéo n’ayant pas spécifié l’origine du pied, on peut supposer que celui-ci provient d’un cheval domestique en pâture ou d’un cheval ferré.

[Sur le second pied-mort (le pied noir), nous voyons qu’avec une stimulation correcte, le coussinet plantaire est fort car il est principalement constitué de fibro-cartilage. De plus, il est pourvu d’une bonne vascularisation. Les cartilages ungulaires sont quand à eux beaucoup plus épais.] On peut supposer que ce pied provient d’un cheval féral ou d’un cheval travaillé pieds-nus.

A gauche le pied atrophié, à droite le pied sain.
A gauche le pied atrophié, à droite le pied sain.
A gauche le pied atrophié, à droite le pied sain.
A gauche le pied atrophié, à droite le pied sain.

Maintenant que l’on a vu à quoi ressemblait la partie caudale d’un pied bien développé : épine de la fourchette, épaisseur du coussinet plantaire, vascularisation du plexus des cartilages ungulaires et structure de ceux-ci. Il est amusant de voir que la majorité des enseignements (et illustrations) sur le pied du cheval (hippologie, manuel vétérinaire) considère le coussinet digital comme : un « amas graisseux » ou simplement « fat » pour nos amis anglophones.

Hors nous savons que le coussinet plantaire est constitué de tissus fibro-cartilagineux, de tissus conjonctifs ainsi que de tissus élastiques. Mais une étude suggère qu’il contiendrait aussi du tissu myxoïde, et qu’en réalité, ce ne serait pas qu’un simple amas de graisse uniloculaire servant de butée à P2.

Le tissu myxoïde a pour étonnante faculté de se transformer en tissu conjonctif grossier lorsqu’il est comprimé. Partant de ce constat, il serait logique de penser que la composition du coussinet plantaire dépend du degrés de stimulation auquel il est soumis.

Debra Taylor DVM de l’Université d’Auburn fut aussi surprise de ces différences de composition et de volume de la partie caudale du pied. Avec son équipe (Adam W. Cooner, D. Ray Wilhite, John T. Hathcock, Pete Ramey, Ivy Ramey), elle mit au point un protocole pour analyser en imagerie cette partie du pied dont les tissus mous sont radio-transparents.

Trois pieds-morts avec des conformations très différentes furent choisis pour son évaluation. Dans une première étape, classiquement, ils furent photographiés puis radiographiés.

pied 1

pied 2

pied 3

radio pied 1

radio pied 2

radio pied 3

pied ferré / talons fuyants / sole fine
pied ferré / pince fuyante / talons contractés
pied-nus / fourchette épaisse / sole épaisse

[Cliquer pour agrandir les photos]

Ils furent ensuite analysés en utilisant deux techniques d’imageries modernes : la Tomodensitométrie (TDM) et l’Imagerie par résonance magnétique (IRM). Des images en trois dimensions furent ensuite reconstruites informatiquement en 3D en utilisant un logiciel de traitement d’imagerie médicale Mimics®.

pieds 3d

Ok c’est super joli, mais intéressons-nous aux volumes et à la composition du coussinet plantaire qui pour Debra Taylor DVM, ainsi que tous les professionnels du pied (vétérinaire, maréchaux, ou pédicures-podologues équins), est synonyme de bonne santé du pied.

volume

On observe surtout l’énorme différence des volumes des cartilages ungulaires et du coussinet plantaire. La composition du coussinet plantaire est aussi très différente puisqu’elle contient beaucoup plus de fibro-cartilages. Les rapports des volumes sont toutefois à pondérer avec les volumes de P3 (les pieds n’ont pas la même taille). En terme de pourcentage, voici ce que l’on trouve :

Pied 1

Pied 2

Pied 3

Cartilages ungulaires (CC)

21,4%

25,9%

35%

Coussinet plantaire (CD)

73,1%

97,5%

124%

CC + CD

94,5%

123%

159%

Je pense que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Vous l’aurez donc compris, un bon pied c’est donc avant tout une partie caudale correctement développée. Sans cela, mauvaise conformation du pied, sensibilité accrue, pas d’hémodynamique correcte et donc une mauvaise gestion de l’énergie cinétique.

A propos de la gestion de l’énergie, tous les cavaliers et beaucoup de professionnels voient le coussinet plantaire comme une simple pompe à sang (Théorie de la pression). Ce serait la fourchette, pleinement au contact du sol pendant l’amortissement (lors de l’expansion de la boite cornée), qui permettrait de refouler le sang contenu dans le plexus palmaire vers le réseau de micro-veines passant à travers les cartilages ungulaires (la sur-pression dissipant l’énergie sous forme de chaleur). Cette théorie est à l’origine de l’adage sur les cinq cœurs du cheval.

C’est en prenant en compte cette dimension hémodynamique que tout bon maréchal ne devrait jamais brocher plus loin qu’en quartier et avoir une garniture suffisante en éponges.

« La ferrure ne doit jamais s’opposer à l’ouverture de la fente postérieure du pied, au moment de l’appui et à sa fermeture lors du lever. Elles montrent ainsi l’importance de conserver toute sa force à la fourchette et d’en assurer l’appui, de même que la rétractabilité inhérente à la paroi montre la nécessité de laisser à la sole et aux barres toute leur résistance. » – Roger Vissac.

Ainsi donc, la distorsion horizontale serait respectée par la ferrure mais qu’en est-il de la distorsion verticale et du rôle d’autres structures comme le bourrelet coronal ou l’épine de la fourchette ?

La Théorie de la suspension de la dynamique du pied™ essaye d’y répondre en proposant un modèle plus logique définissant le couple fourchette/coussinet plantaire comme le véhicule des stimuli, participant à la répartition des pressions vers les cartilages ungulaires.

KC LaPierre émet l’hypothèse selon laquelle, pendant la phase d’impact au sol, c’est la descente du paturon (P1 + P2) dans la boite cornée qui provoquerait le déplacement des cartilages ungulaires vers l’extérieur. Les cartilages ungulaires viendraient alors pincer l’artère digitale palmaire et les veines digitales contre le bourrelet coronal.

Le sang étant sous pression, des flux vont se mettre en place au sein des différents plexus (sole, chair feuilletée, bourrelet coronal, cartilages ungulaires et coussinet plantaire) ayant pour rôle d’utiliser cette énergie pour la production et l’alimentation des structures et en dissipant l’énergie en excès sous forme de chaleur.

Toujours en suivant cette théorie, KC LaPierre propose un rôle anatomique spécifique à l’épine de la fourchette. Sur la vidéo du début de cette article, peut être avez vous prêté attention à la grosseur de l’épine de la fourchette du pied fort. Petit rappel anatomique pour voir de quoi on parle :

epine fourchette

Ce serait donc le mouvement distal ou proximal (vers le bas ou vers le haut) des talons qui ferrait bouger cette épine de la fourchette latéralement ou médialement. Ceci dans le but de diriger les forces exercées vers le glôme et son cartilage ungulaire approprié. Il résulte de cette mécanique une répartition correcte des pressions et forces qui naissent lors de l’impact.

Cette action permettrait d’apporter la stimulation nécessaire à la croissance de la partie caudale du pied. Car ces structures ne reçoivent pas directement leur nutrition des vaisseaux sanguins qui les traversent, elle l’obtienne par la pression directe sur les tissus environnants.

Démonstration de la distorsion caudale des hipposandales Floating Boots vs Fer.

Quand la distorsion de la boîte cornée est limitée à la seule distorsion verticale (comprendre expansion & contraction), l’épine de la fourchette reste centrée et les forces appliquées sur P1 + P2 et le tendon fléchisseur profond du doigt (TFPD) ne peuvent être réparties correctement.

Sources :

  • Egerbacher M, Helmreich M, Probst A, König H, Böck P. Digital cushions in horses comprise coarse connective tissue, myxoid tissue, and cartilage but only little unilocular fat tissue. Anat Histol Embryol.2005;34:112–116.
  • Bowker RM. Contrasting structural morphologies of « good and « bad » footed horses. Proceedings, Am Assoc Equine Pract 2003;49.
  • Evaluating soft tissue composition of the equine palmar foot with computed tomography, magnetic resonance imaging, and 3-D image reconstruction. Auburn University. Adam W. Cooner, D. Ray Wilhite, John T. Hathcock, Pete Ramey, Ivy Ramey. Debra R. Taylor.
  • What’s the frog spine ? KC LaPierre. IAEP Online Article.
  • La théorie de l’Appareil de l’Arche Interne. KC LaPierre. IAEP Online Article.
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